Je détestais le dimanche : il n’y avait
vraiment rien à faire. L’université était fermée, et je ne savais pour quelle raison, mais c’était le jour où tout le monde à la résidence était encore plus barbant que d’habitude. J’aurai pu
assister à la présentation de Natasha, mais le conseil ne permettait pas ma présence, considérant cette réunion comme « top secrète ». Ridicule. Plus rien n’était secret a notre époque, tout
le monde se disait tout. Et ce soir même Natasha ou Dylan m’aurait raconté le pourquoi de la chose.
Il était seulement 9h10 et je sentais que ma journée
allait être d’un ennui total.
Je revenais de la porte de la salle de réunion, où
on m’avait laissée plantée, vers ma suite. A une dizaine de mètres de ma porte, j’entendis mon portable sonner. Je me hâtai, et en entrant, découvris William avec juste une serviette autour de la
taille et les cheveux trempés, mon téléphone à la main, qui semblais pris dans l’horrible dilemme du « je décroche ou je ne décroche pas ? »
- Ton portable ! me cria-t-il en se jetant sur moi dès que j’ouvris la porte.
- Merci, lui dis-je
Je regardais brièvement l’écran avant de décrocher.
Le numéro qui s’y affichait m’était inconnu. « Les affaires reprennent ! » me dis-je. Comme William entrait dans le dressing pour s’habiller, j’entrai dans la salle de bain et
m’enfermai à clef.
- Allo ?
- Je suis bien en relation avec la dénommée Eve ?
- Oui, c’est bien moi.
Il n’y avait qu’une sorte de personne pour qui je
répondais au prénom d’Eve.
- J’aurai besoin de vos services dans les plus brefs délais.
- Aujourd’hui, à 10 heures, place de la Gare. Vous répondrez au nom de M. Blanc. Vous porterez
une écharpe, dont je vous laisse le soin de choisir la couleur.
- Rouge.
- C’est parfait. A tout à l’heure M. Blanc.
Quand je sortis de la salle de bain, William sortait
du dressing. J’y entrai alors, mis un jean, un T-shirt manches trois quart à colle roulé et enfila ma veste en cuir. Je m’assurai que William ne me voyait pas et sortie un paire de bas du fond de
mon tiroir prévu à cet effet, le déroulai et en sorti une petite clef dorée. Vérifiant toujours que William ne me regardait pas, j’ouvris mon tiroir personnel, pris un sac plastique qui s’y
trouvait et le fourrai dans mon sac à main. Je refermai le tiroir, cachai la clef et m’apprêtai à sortir. C’est alors que je fus coupée dans mon élan par la voix suspicieuse de mon
fiancé.
- Je peux savoir où tu vas habillée comme ça ?
A la résidence, nous n’avions pas l’habitude de
porter, comme les humains, des vêtements de tous les jours. Nous portions des vêtements plutôt classes, les femmes en robes et les hommes en costume. Mais depuis quelques années il n’était pas
rare de croiser le matin ou en fin d’après midi un jeune se rendant ou rentrant du lycée, habillé d’un jean. Mais nous étions un dimanche. Et je n’étais pas une de ces jeunes.
- Je sors faire quelques courses. Je n’en ai pas pour longtemps.
- Mais nous ne sommes pas autorisés à sortir !
- Oh lâche-moi un peu ! Toute la résidence est au courant de mes sorties quotidiennes. Ils
s’y sont fait et il est temps que tu t’y habitues toi aussi. Et je ne suis pas la seule à sortir... Natasha va travailler à l’université, Seth et son groupe font la tournée des bars le soir, et
j’en passe et des meilleurs !
- Mais eux ont l’autorisation du sous-conseil. Et tu ne passe pas inaperçue...
- Tu veux parler de mes cheveux ? Mais comment peux-tu être aussi fermé à tout ce qui
t’entoure ?! A l’université ça ne choque personne ! Ou ceux qui l’ont été s’y sont fait. Mais on dirait qu’ici, tout le monde est décidé à me retenir prisonnière, comme si je vous
appartenais ! Je ne suis pas l’une des vôtres, je ne suis pas née ici comme toi. Alors si le fait que je vive ici vous pose des problèmes d’éthique à toi et ta « petite
communauté », je partirai sans broncher, pour ça ne te fais aucun soucis !
- Excuse-moi... mais je m’inquiète pour toi. Tu attires l’attention. Tu fascines.
- Ne t’inquiète pas pour moi, je gère très bien ma vie à l’extérieure.
S’avouant vaincu, il me laissa passer sans un mot,
mais l’air déçu de perdre peu à peu la femme qu’il aimait.
Je descendis les escaliers et traversai le hall d’un
pas rapide pour que personne ne m’interroge sur la façon dont j’étais habillée ou sur que j’avais l’intention de faire. Par chance pour moi les membres du conseil et du sous conseil ne trainaient
pas par là, étant donné qu’ils étaient à la conférence de Natasha.
Je montai dans ma Mini et démarrai sans plus
attendre. J’arrivai à 9h45 à la place de la Gare, cherchai une place et me garai non loin du café de la Gare. J’inspectai la place, mais mon homme n’était pas encore arrivé. Je pris alors le sac
plastique que j’avais mis dans mon sac à main, sorti la perruque et les lunettes de soleil qui s’y trouvaient et, grâce au miroir du pare soleil de la voiture, me préparai. Avec cette perruque je
ressemblais à une danseuse de cabaret : carré cour et frange, couleur noire. La ressemblance était encore plus frappante alors que j’appliquais mon rouge à lèvre rouge. Ici je pouvais me
préparer sans risque d’être observée, car les vitres de ma voiture étaient teintées. Je mis mes lunettes de soleil, et sorti de ma voiture. Le soleil commençait à percer les nuages. Je
m’installai alors à la terrasse du café sous un parasol, ainsi protégée des rayons dangereux pour ma peau. Bien que nous ne fussions qu’en hiver, je ne préférais pas prendre de
risque.
Un serveur s’approcha de moi
- Vous désirez ?
- Je ne vais pas commander maintenant, j’attends quelqu’un.
- Très bien.
A 9h55 j’aperçu un homme portant une écharpe rouge
se diriger vers la place. Il s’assit sur un banc et regarda sa montre. Je pris alors mon portable et appela le numéro qui m’avait appelé ce matin. Une sonnerie...deux sonneries. L’homme à
l’écharpe rouge pris son téléphone dans le poche de son blouson et s’empressa de décrocher.
- Oui ?
- Je suis à la terrasse du café de la Gare.
Je m’assurai qu’il m’avait bien vu mon téléphone à
la main, et lorsqu’il se leva et si dirigea vers moi, je le rangeai.
- Rebonjour, monsieur Blanc.
Le serveur de tout à l’heure
réapparut.
- Vous désirez ?
- Je vais prendre un double expresso.
Le serveur se tourna alors vers moi.
- Je ne vais rien prendre.
Il fit une grimace agacée, et s’en alla. Il avait
l’habitude de me voir accompagnée ici sans que je ne consomme rien.
- Alors, qui est notre homme ? M’enquis-je auprès de mon potentiel client. Ou femme peut
être ?
- Non homme, me dit-il en faisant glisser une photo sur la table.
La photo avait été prise de nuit et l’éclairage
n’était pas bon. Mais je pouvais distinguer un homme aux cheveux longs, raides et noirs, une arme à la main. D’autres hommes se trouvaient derrière lui en arrière plan et il la photo ne semblait
pas avoir été pris contre son gré. La personne qui avait prise cette photo et la futur victime potentielle devaient sûrement se connaitre, voir travailler ensemble. Mais mon travail m’interdisait
de poser la moindre question à mon client, mis à part bien sur l’endroit où se trouvait la personne à tuer. Il en était de même pour le client. Je ne répondais à aucune de ses questions sur mes
méthodes.
- Comment vous allez faire ça ?
- Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il n’y aura aucune trace, rien. La seule arme que
j’utilise ne laisse pas de marque connue par nos services de polices sur le corps de la victime. Vous n’avez donc pas à vous inquiétez. Avant de s’intéresser au pourquoi de la mort, la police
devra d’abord savoir comment il a été tué, ce qui n’arrivera pas de si tôt. Faite moi confiance, c’est tout ce que je vous demande.
- Très bien. Vous pouvez faire ça quand ?
- Dès ce soir. Il me faut juste son lieu de résidence.
- Et bien, il vit au 253, rue Général Bismarck. Il y vit seul mais travaille de nuit. C’est pour
ça que je vous ai contacté un dimanche. Normalement il ne travaille pas ce soir mais il est plutôt du genre insomniaque, alors j’espère que vous pourrez vous débrouiller.
- Ca devrait aller... combien me proposer vous pour ce type ?
Il ramassa la photo puis fis glisser jusqu’à moi une
enveloppe. Je l’ouvris et inspecta brièvement son contenu : 10 billets de 200 dollar. Je lui tendis la main et il la serra
- Le travail sera fait en temps et en heure. Sauf cas extrême, nous ne nous reverrons pas. Au
revoir monsieur Blanc.
- Au revoir.
Je me levai et quittai le café, contente d’avoir
trouvé une distraction pour la nuit.
Comme je n’étais pas censée sortir de la résidence,
je ne recevais pas de solde pour mon travail effectué là bas. Quand nous avions besoin d’un nouveau téléphone portable, ou d’une nouvelle robe, nous demandions de l’argent au conseil. Depuis des
générations nous avions accumulés une énorme fortune, qui permettrait sans problèmes aux derniers d’entre nous de vivre correctement. Nous vivions en communauté et tous travaillaient pour tous.
Nous n’avions donc pas besoin de recevoir de salaire. Excepté les jeunes qui recevaient de l’argent pour s’acheter des vêtements « normaux » et des manuels scolaires. Alors je faisais
ce travail et mettais de l’argent de coté car je ne comptais pas dépendre éternellement de la résidence. De plus, comme j’allais à l’université alors que le conseil ne le permettait pas, je
devais m’acheter moi-même mes vêtements pour sortir.
Il était 3h30 du matin et j’étais en train de
patrouiller dans la forêt. Nous travaillions généralement en binôme, un chassait et l’autre le couvrait. J’avais feins d’avoir repéré un ennemi et m’étais mis à sa « poursuite ».
J’étais partie si vite que aucun de ceux qui était avec nous n’avait osé me suivre. En réalité je me dirigeais vers la lisière de la forêt, où j’avais garé ma voiture avant le diner. Si je
disparaissais une demi-heure j’avais la certitude que personne ne s’en rendrait compte.
Grâce à mon GPS je trouvai la route sans problème.
Je me garai deux rues plus loin et arrivai jusqu’au 253 à pied. La rue était déserte, ce qui arrangeait grandement les choses. Je n’eu aucun problème à crocheter la serrure, de modèle ancien, et
m’introduisis sans bruit dans la maison silencieuse. Je montai l’escalier qui se trouvait en face de moi. Une fois dans le couloir, je me trouvai face à 3 portes. Je trouvai sans difficulté la
chambre de ma victime. Il me suffisait de passer près d’un mur ou d’une porte pour que je sente la présence de quelqu’un. Par chance pour moi, la porte était entrouverte ; car bien souvent
le bruit de la poignée réveillait les personnes au sommeil léger. J’entrouvris la porte, qui, encore un coup de bol ne grinça pas, et me glissa à l’intérieur de la pièce. Je m’approchai du lit et
examinai la personne qui s’y trouvait : c’était bien mon homme. Ses draps ne couvraient que ses jambes et il ne portait qu’un caleçon. Je pu ainsi contempler un corps magnifique, musclé, aux
lignes parfaitement dessinées. J’avançai encore un peu et posai mes yeux sur son visage, et en profitai pour le contempler à son tour : bouche fine, visage carré et yeux en amandes ; il
avait tous les traits d’un amérindien mais sa peau était claire. « Arrête de rêvasser ! Finissons-en ! » Me dis-je. J’approchai doucement ma bouche de son cou. C’était comme
ça que je tuais mes victimes : je les mordais. Classique, vu que j’étais un vampire. Mais je n’étais pas pour autant inconsciente : je découpais ensuite un rectangle de chair autour de
la morsure, ce qui intriguait beaucoup les médecins légistes et ne les faisait jamais remonter jusqu’à nous, les vampires, ou jusqu’à mes clients. Bien sur personne n’était au courant de mes
agissements. Si quelqu’un de la résidence venait à apprendre que je me nourrissais de sang humain, je serais exécutée sur le champ.
D’habitude je n’avais aucun problème pour tuer un
humain. Mais celui-là était différent. Il sentait bon... j’étais comme envoutée par l’odeur de sa peau... Cet homme dégageait quelque chose, je ne saurais dire quoi.
Soudain, ses yeux s’ouvrirent et mon cœur fit un
bond dans ma poitrine. Il tourna sa tête vers moi et me regarda droit dans les yeux. Ses yeux étaient d’un noir profond, sans fin. Il se leva à une vitesse incroyable pour quelqu’un qui venait de
se réveiller. Etrangement, il ne semblait pas effrayé par moi, ni même étonné qu’une inconnue soit chez lui, dans sa chambre, en pleine nuit. Prise de panique, je fis quelques pas en arrière
avant de me retrouver contre le mur. Je sorti mon 9 millimètres alors qu’il s’avançait vers moi, et lui tirai 5 balles dans le torse. Il s’écroula par terre ; j’ouvris la
fenêtre, sautai dans la rue et courrai jusqu’à ma voiture.
« Merde mais meeeerde !!! Pourquoi ça à
foiré ? Je ne comprends pas comment a-t-il pu se réveiller ? D’après sa fréquence cardiaque il était en sommeil profond. Encore heureux que j’avais mis mon silencieux. Bon au moins il
est mort c’est le principal. Avec trois balles dans le cœur, et le reste dans les poumons, ça devrait faire l’affaire. »
De nouveau dans la forêt et remise de mes émotions, je me mis à chercher Katherine, mon binôme, que
je trouvai sans problème.
- Dis donc, tu en as mis du temps ! Tu l’as eu au moins ?
- Non il m’a semé, mais j’en ai profité pour passé à la résidence pour...aller au petit coin.
Désolée de t’avoir abandonnée !
- Oh pas de problème ! Je peux bien survivre sans toi quelques minutes. De toutes façon se
soir il n’y a rien a chassé et les Mortegos ne se montrent pas beaucoup ces temps-ci ; ou les seuls qui croisent notre route sont froussards et très rapides ! Me dis-t-elle en
rigolant.
- C’est vrai... répondis-je avec un sourire gêné
- Bon on y va ? Je suis crevée et puis la nuit dernière on a fait des heures sup’ ! On
sera bien excusée si on fini plus tôt cette fois.
- Oui tu as raison. Moi aussi je suis crevée.
En réalité je n’étais pas fatiguée, mais je n’étais
pas du tout d’humeur à tuer de nouveau ce soir.
Arrivée à la résidence, je descendis au sous sol,
l’ « atelier » comme on l’appelait.
- Hey mais voila la plus belle !
- Salut les gars. Blake j’aurais besoin de chargeurs.
- Quoi ? Mais tu es venue en chercher trois il y a deux jours ! Où peuvent bien aller
toutes ces balles, bon sang ? Dis-t-il en rigolant.
- Ha si tu savais...
- Je te prépare ça.
- Merci. Où est Dylan ?
- Dans le fond.
Je voulais en apprendre plus sur le mystérieux
exposé de Natasha et vu que Dylan avait été présent, il pourrait m’en parler. De plus, si elle avait demandé sa présence, c’est qu’il s’agissait probablement d’un projet sur une arme, ce qui
m’intéressait d’autant plus.
- Alors c’est classé secret défense ou bien j’ai droit à quelques infos ?
- Tu ne changeras jamais Kya... Tu devrais travailler avec nous.
- Non merci, je préfère être sur le terrain.
- C’est marrant que William te laisses faire ce genre de boulot...
- Il n’a pas son mot à dire. Et puis, il faut bien que je me divertisse un peu dans cette
baraque miteuse !
- Oui mais il n’y a que dans cette « baraque miteuse » que nous pouvons être ce que
nous sommes...
- Mmh...
Cette réponse était censée lui faire comprendre que
je ne voulais plus parler de ça mais de ce pour quoi j’étais venue. Et le message passa très bien.
- Bon je parie que tu es venue pour ça.
Entre son pouce et son index se trouvait une sorte
de balle que je n’avais jamais vue auparavant. Je la pris dans la main pour l’examiner : elle était de la même taille que les cartouches de mon semi-automatique, mais sa forme était plus
élancée, et son bout plus « pointu » : c’était une balle perforatrice. La douille était en verre et l’intérieur de la balle était d’une couleur bleu-violet.
- Mais qu’est ce que c’est que ça ?
- Des UV.
Je levai les yeux et le regardai d’un air intrigué.
D’un coût, mes pensées s’éclaircirent et un large sourire se dessina sur mon visage
- Vous êtes des génies !!! Je peux l’essayer ?!
Je trépignais d’impatience comme une enfant qui
s’apprêtait à recevoir un cadeau.
- A vrai dire celle-ci n’est qu’un prototype. Et elle ne peut pas être utilisée avec nos armes
classiques, dans lesquelles les balles explosent avant la sortie du canon. Nous somme en train de concevoir une arme qui projettera la balle dans le
corps de la victime. Et ce n’est qu’à ce moment là qu’elle explosera. Comme pour les grenades, il y aura un retardement avant l’explosion. Nous l’avons fixé à 5 secondes. Les UV se libèrerons
alors dans le corps, brulant tout ce qui se trouve dans une sphère de 50 cm autour de la balle.
- Avec ça plus besoin de viser exclusivement la tête ! C’est génial ! Surtout préviens
moi dès que vous avez fini, je veux être la première à l’essayer !
- Evidemment, qui d’autre ?
Je lui tendis la balle, lui rendis son
sourire, et m’en allai, saluant au passage les gars de l’ « atelier ».